Givre noir - Pierre Pelot
Nous sommes un vendredi 13. Il fait une chaleur caniculaire, totalement insupportable. Nell vient de se faire plaquer par son mec, un pauvre type qui joue avec les filles. Elle discute avec son oncle Stany chez qui elle vit depuis que sa mère est décédée. Celui-ci la prévient que sa tante Mado va arriver avec une connaissance rencontrée par hasard.
Par hasard ? Nell a très vite des doutes. Sa tante est manipulatrice et d'une froideur implacable. Son oncle, lui, est fantasque. Il est passionné par les trains et les grottes préhistoriques. Mado et Stany forment en fait un couple assez surprenant. Nell, quant à elle, est assez provocatrice et comprend bien plus de choses que ce qu'elle veut bien laisser croire.
Par intermitence et parallèlement à cette histoire, on suit également, celle du Gerbois, un journaliste qui enquête sur un meurtre à la chevrotine. Ce n'est que dans les toutes dernières pages que l'on comprend le lien entre ces deux intrigues.
Si j'ai eu énormément de mal avec le style, j'ai tout de même apprécié la qualité des dialogues et de la narration. L'auteur aurait presque pu faire de Givre noir une pièce de théâtre ou un scénario de film.
Pierre Pelot entretient tout au long du roman un climat malsain où la manipulation et le chantage règnent en maîtres. La chaleurt et le décor ajoutent une tension supplémentaire à l'intrigue. On pense avoir cerné assez vite le caractère et le rôle de chaque personnage mais ils se révèlent tous petit à petit beaucoup plus complexes et sombres qu'on le croyait au départ.
Le rythme s'accélère dans les dernières pages et finalement, ce qui était un peu confus au niveau de l'intrigue devient très clair. Le lecteur découvre enfin qui se cache derrière chacun des personnages principaux. J'avoue que je n'ai rien vu venir et que j'ai été très surprise.
Merci aux agents littéraires pour l'envoi de ce livre.
PELOT, Pierre, Givre noir, Éditions la branche, 2012.
Les visages écrasés - Marin Ledun
Carole Matthieu est médecin du travail dans un centre d'appel où on vend des forfaits Internet à 29,90€ par mois et où les employés, casque sur l'oreille, tentent de répondre aux doléances des clients. Dans son cabinet, elle reçoit à longueur de journées des salariés qui n'en peuvent plus de la pression exercée sur eux et des conditions de travail effroyables qu'ils subissent quotidiennement. Elle les écoute, prescrit des médicaments, les renvoit vers des psychiatres et surtout, fait des rapports à sa hiérarchie. Mais ses supérieurs s'en moquent. Pour eux, elle est plutôt un frein qui les empêche d'exercer leur travail comme ils le souhaitent c'est-à-dire en mettant la pression aux autres et en usant et abusant de la bassesse et de la lâcheté.
Vincent Fournier est un des salariés que Carole Matthieu voit régulièrement en consultation. Il est épuisé, a perdu 16 kilos en deux mois et les traitements ne font aucun effet. Ancien cadre, il a été reconvertit en opérateur. Un jour, il a tenté d'étrangler sa chef. Il n'en pouvait plus de cette plate-forme téléphonique où on lui reprochait de ne pas être assez performant. Il a été muté ailleurs mais les conditions de travail sont toujours les mêmes.
D'autres employés ont décidé d'en finir et de passer à l'acte : ils se sont suicidés. Que va t-il se passer pour Vincent Fournier ? Et le Docteur Matthieu, comment fait-elle pour supporter la souffrance des autres ? Comment vit-elle l'absurdité du monde du travail ?
Un conseil, si le sujet vous intéresse ne cherchez pas à en savoir plus et lisez ce roman. Je l'ai dévoré. J'avais du mal à le lâcher et j'aurais aimé avoir suffisament de temps devant moi pour le lire d'une traite ou presque. Cela faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé !
Les visages écrasés dresse un portrait très sombre -mais malheureusement très réaliste- du monde de l'entreprise. La logique économique domine. Il n'y a aucune humanité. Les salariés sont des numéros dont on doit tirer le maximum. La direction est chargée d'assurer le bon fonctionnement de cette logique absurde. Elle surveille, met la pression, sanctionne. Les syndicats ne savent pas quelle attitude adopter et jouent parfois le jeu de l'entreprise. Tensions et violences psychologiques font partie du quotidien.
C'est toute la mécanique implacable du monde du travail que Marin Ledun s'attache à décrire ici. Les dossiers médicaux et les rapports du Docteur Matthieu sont là pour montrer "l'autre histoire", celle des hommes et des femmes broyés par leur travail. Parce que bien entendu, l'entreprise aimerait bien cacher tout cela et dire que les problèmes de ses salariès sont d'ordre strictement personnels.
Ancien employé de France Télécom Marin Ledun sait de quoi il parle. Son roman aurait cependant pu avoir pour cadre bon nombre d'autres entreprises...
Extrait :
"Le problème, ce sont ces fichues règles de travail qui changent toutes les semaines. Ces projets montés en quelques jours, annoncés priorité-numéro-un, et abandonnés trois semaines plus tard sans que personne ne sache vraiment pourquoi, sur un simple coup de fil de la direction. La valse silencieuse des responsables d'équipes, toujours plus jeunes et plus inflexibles, mutés dans une autre agaence ou partis par la petite porte. Cette tension permanente suscitée par l'affichage des résultats de chaque salarié, les coups d'oeil en biais, les suspicions, le doute permanent qui ronge les rapports entre collègues, les heures supplémentaires effectuées pour ne pas déstabiliser l'équipe, le planning qui s'inverse au gré des mobilités, des résulats financiers et des ordres hebdomadaires. [...] L'infantilisation, les sucettes comme récompenses, les avertissements comme punition. [...] Le problème c'est l'organisation du travail et ses extensions." p. 19-20
LEDUN, Marin, Les visages écrasés, Seuil, 2011.
Et puis Paulette... - Barbara Constantine
Ferdinand vit seul dans une grande ferme depuis que son fils, sa belle-fille et ses petits enfants ont déménagé. Il ne sait pas trop pourquoi ils sont partis. Il y avait pourtant de la place pour tout le monde chez lui. Il se dit que sa belle-fille ne supportait sans doute plus sa personnalité bourrue et son vocabulaire fleuri. Quant à son fils, il n'a jamais vraiment dialogué avec lui alors ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer ! Le plus ennuyeux dans cette histoire, c'est qu'il voit beaucoup moins ses petits-fils, les deux Lulus.
Un jour, ces deux garnements profitent du fait d'être seuls chez eux pour aller rendre visite à leur grand-père. Quand un orage éclate et qu'ils découvrent que la maison de la voisine prend l'eau tellement le toit est en mauvais état, ils demandent à Ferdinand pourquoi celui-ci n'accueille pas la vieille dame chez lui. Tout est simple dans l'esprit des enfants, c'est bien connu. Mais cette Marceline, Ferdinand la connaît à peine ! Tout ce qu'il sait d'elle, c'est qu'elle vend les légumes de son jardin sur le marché et qu'elle se balade avec un âne et une carriole car elle n'a pas de voiture. C'est peut pour héberger quelqu'un !
Après une nuit sans sommeil pendant laquelle tout cette histoire trotte dans sa tête, Ferdinand décide finalement que ses petits-enfants ont raison. Il ne sait pas trop comment il va amener les choses à Marceline - les mots, c'est pas trop son truc...- mais elle ne peut plus continuer à vivre dans ces conditions.
Contre toute attente, la voisine accepte la proposition du vieil homme. De fil en aiguille, d'autres personnes vont les rejoindre à la ferme. C'est le début d'une colocation où retraités, personnes agés mais aussi jeunes étudiants vont vivre ensemble pour leur plus grand bonheur.
Comme dans Tom, petit Tom, tout petit homme, les personnages de ce roman sont attachants. Ils ont tous leur personnalité et leurs petits défauts mais cela les rend touchants. L'humour permet notamment de dédramatiser certaines situations. Ferdinand, Marceline, Guy et les autres traînent aussi quelques vieilles casseroles que l'on découvre petit à petit au détour d'une phrase ou d'une conversation.
Et Puis Paulette... est donc une histoire pleine d'humanité. Trop pleine peut-être... Et c'est là le principal reproche que l'on peut lui faire. La gentillesse et le joie de vivre sont d'excellentes choses mais dans la vraie vie, les difficultés ne se surmontent pas aussi facilement. La vie en communauté et la vieillesse ne sont absolument pas idylliques, loin de là, et à force de bon sentiments, le roman devient gentillet.
Reste quand même, outre les personnages, une écriture agréable et une réflexion intéressante sur la solitude et la solidarité entre générations.
Un grand merci à Leiloona qui fait voyager ce livre.
CONSTANTINE, Barbara, Et puis Paulette..., Calmann-Lévy, 2012.
Fractale - Marin Ledun
Six employés d'un cabinet de conseil en placements financiers recoivent un mail leur signalant un exercice d'évacuation. Ils se rendent tous au sous-sol, conformément à ce qu'on leur demande. Quand l'ascenceur repart et qu'ils s'aperçoivent qu'il n'y a pas de bouton pour le rappeler, ils commencent à se poser des questions.
Les trois hommes et les trois femmes se retrouvent en fait enfermés dans un appartement avec un peu de nourriture et aucun moyen de communication vers l'extérieur. Tout cela ne ressemble donc pas vraiment à un exercice...
Aucune des personnes présentes ne sait pourquoi le patron, Ricardo, leur impose ce huit-clos épouvantable. Très vite, la tension monte entre les employés et personne ne peut plus se cacher. Les personnalités et les petits secrets de chacun éclatent au grand jour jusqu'à la chute finale, totalement inattendue.
90 pages de dialogues efficaces. Une écriture ciselée qui va droit au but. Des remarques pertinentes sur le monde de l'entreprise. Ce petit livre m'a donné envie de découvrir un peu plus encore Marin Ledun auteur de romans noirs qui s'intéresse beaucoup, à travers ses textes, au monde du travail.
A l'origine, Fractale est une création radiophonique produite par France Culture. Vous pouvez l'écouter ici. Personnellement, j'ai préféré la lecture à l'écoute, sans doute parce que j'ai lu le livre en premier et que je me suis imaginée les voix des personnages différemment.
LEDUN, Marin, Fractale, Éditions La Tengo, 2011.
Un refrain sur les murs - Murielle Magelan
Question du jour : comment chroniquer un livre que toute la blogosphère, ou presque, a aimé -voire adoré!- et auquel on n'a pas accroché plus que ça ? Il va falloir trouver des arguments et, justement, je n'en ai pas beaucoup...
Un refrain sur les murs raconte l'histoire d'Isabelle, une femme qui élève seule ses enfants et se retrouve face à elle-même pendant tout le mois d'août. Son garçon et sa fille sont chez leur père et sa mère vient d'annuler les vacances qu'elles avaient prévues ensemble. Isabelle désepère et se demande bien comment elle va occuper son temps libre, elle qui est si solitaire, timide, renfermée stressée par une multitude de choses. Un inconnu, So what, lui propose de faire quelques petits travaux en échange du gîte et du couvert. Contre toute attente, Isabelle accepte. Ces quelques semaines vont boulverser sa vie.
Des années plus tard, sa fille Romane revient dans l'appartement familiale et hurle sa colère contre cette mère qui avait une vie si triste et si étriquée. Elle cherche des explications.
Les personnages de ce roman sont intéressants et leurs fêlures les rendent attachants. Le livre est bien écrit et la construction, qui alterne les points de vue de la mère et de la fille, crée une sorte de suspens qui fait qu'on a toujours envie de savoir ce que pensent les différents protagonistes.
Normalement, ce genre de livre me plaît. Oui, mais voilà, je n'ai pas réussi à rentrer dans l'histoire. Isabelle m'a parfois énervée avec sa timidité excessive. J'avais envie de lui donner des claques et de lui dire de profiter un peu de la vie. J'ai trouvé aussi que Romane n'était pas assez présente dans l'intrigue. Elle en dit finalement peu sur ce qu'elle ressent vis à vis de sa mère, notamment pendant son enfance. Et So what, l'homme qui vient faire les travaux chez Isabelle, reste très mystérieux, tout comme le libraire qui tient une place importante à la fin.
Quant au dénouement, certes il est original mais je ne l'ai pas apprécié à sa juste valeur car je suis restée trop extérieure à ce Refrain sur les murs. Dommage !
Un grand merci à Sandrine qui a fait voyager ce livre. Un lien vers le billet de Noukette qui vous propose de nombreux autres avis plus entousiastes que le mien.
MAGELLAN, Murielle, Un refrain sur les murs, Julliard, 2011.
Non Stop - Frédéric Mars
Depuis le 11 septembre 2001, les États-Unis n'ont jamais été victime d'une telle attaque terroriste. Des hommes et des femmes ordinaires reçoivent une enveloppe avec l'ordre de marcher vers une destination précise. Dès qu'ils s'arrêtent, ils explosent. Le président américain, en pleine campagne pour un second mandat, est sur le pied de guerre. Sam Pollack et Liz Mc Geary sont chargés de l'enquête. Les attentats ne sont pas revendiqués et tout le monde se demande qui sont les coupables. Toutes les hypothèses semblent envisageables mais ce qui est certain, c'est que les terroristes ont préparé leur coup depuis longtemps et sont très bien organisés.
Ce thriller porte bien son nom : une fois commencé, difficle de le refermer avant la fin des 650 pages ! Il a été publié dans la collection Black Moon chez Hachette, une collection destinée aux grands ados et aux jeunes adultes dont je ne suis pas spécialement adepte habituellement mais qui a un véritable succés auprès des fans de fantastique et de vampires. Vous la connaissez sans doute grâce à la série des Twilight. Bref, sans Stephie qui a organisé un petit concours sur son blog pour faire gagner ce livre, je n'aurais peut être jamais lu Non Stop. Merci, donc, Miss !
Ici, on est bien loin de la saga de Stéphanie Meyer et de tous les romans où le surnaturel est omniprésent. Non Stop est totalement réaliste. Frédéric Mars mène son intrigue de main de maître et multiplie les rebondissements jusqu'au dénouement. Il nous transmet également des informations intéressantes sur le fonctionnement des renseignements américains depuis les évènements du 11 septembre. Les personnages secondaires et les intrigues parallèles sont nombreux. Les hyptohèses sur l'identité et les motivations des coupables sont multiples. Impossible de s'ennuyer donc !
Un conseil, ne lisez pas la quatrième de couverture qui en dit un peu trop et ne cherchez pas à en savoir plus, foncez découvrir ce thriller captivant si ce n'est pas déjà fait !
MARS, Frédéric, Non Stop, Hachette, 2011.
Veuf - Jean-Louis Fournier
C'est par un dimanche après-midi pluvieux que j'ai découvert Jean-Louis Fournier. Où on va papa ?, son précédent roman, ne me tentait pas vraiment mais Leiloona et Lucie ont su me donner envie de lire Veuf.
Le thème n'est pas très gai. Le narrateur vient de perdre sa femme et se retrouve tout seul. Il se rend compte du bonheur perdu et se remémore les bons souvenirs.
Avec un sujet si triste et la pluie et les rafales de vent qui faisaient un bruit du tonnerre pendant que je lisais ce livre, j'avais un peu peur d'avoir le cafard ! Mais cela n'a absolument pas été le cas. Le narrateur sait prendre de la distance par rapport à la situation et son humour, omniprésent, rend l'histoire agréable. C'est finalement un roman plein de tendresse et d'amour qui est proposé au lecteur.
Veuf ne me laissera pas un souvenir impérissable -je l'aurai sans doute oublié d'ici quelques jours- mais j'ai tout de même passé un agréable moment de lecture.
FOURNIER, Jean-Louis, Veuf, Stock, 2011.
Le narvalo - Guy-Pierre Geneuil
Narvalo. En langage gitan, ce mot désigne les fauves dont il faut se méfier dans les cirques et les hommes qui n'ont peur de rien. Guy-Pierre Geneuil fait partie de cette espèce. Il est capable du meilleur comme du pire. Il faut dire que dès sa plus tendre enfance, il n'a pas été épargné. Un père totalement absent, une vie de misère à Montmartre et surtout, à huit ans, les camps de concentration d'où il sort vivant malgrè les expériences médicales pratiquées sur lui par les nazis.
Adolescent puis adulte, il mène une vie incroyable. Après avoir vécu quelques années cachés dans une forêt, il devient résistant. Ensuite il est taxi-boy pour les riches clientes de certains établissements parisiens. Parallèlement, il commence à se faire une jolie répuation de peintre. Il apprend aussi à se battre et devient homme de main des services secrets en Indochine ou en Algérie, garde du corps de De Gaulle, récupérateur de dettes, etc.
Bien entendu, Guy-Pierre Geneuil a une famille mais il en parle peu. Alors que sa mère travaille énormément pour subvenir aux besoins des siens, sa grand-mère s'occupe de lui et tient une place très importante dans son enfance. Adulte, il se marie mais il n'est jamais question de sa femme dans Le narvalo. De même, ses sentiments profonds ne sont jamais évoqués. Sans doute est-ce comme cela que l'homme se protège...
Toute sa vie, Guy-Pierre Geneuil cotoie les hommes politiques et les gens du show-bizz, pour le meilleur mais surtout pour le pire. Les coups, le sang, la souffrance et la douleur ne lui font pas peur. En racontant sa vie, il apporte un témoignage intéressant sur la période qui va de la Seconde Guerre mondiale à la fin des années 1970. A l'époque, les règlements de compte était très souvent physiques. Aujourd'hui, c'est sans doute beaucoup plus viscieux mais, dans le fond, c'est toujours la même chose. Beaucoup de gens sont prêts à tout pour obtenir et conserver le pouvoir et l'argent...
GENEUIL, Guy-Pierre, Le narvalo, Le livre de poche, 1987
La liseuse - Paul Fournel
Robert Dubois est un vieil éditeur confronté, comme tous ses confrères, aux difficultés économiques. Il croule sous les manuscrits et sait très bien que ce ne sont pas les meilleurs romans qui sont les plus vendus... Cela ne l'empêche pas de prendre parfois des risques et de donner une chance aux livres qui lui plaisent.
"-J'ai les chiffres. On est mal.
-Plus que d'habitude ?
-Regardez les retours. C'est le déluge. On envoie dix camions de livres le matin sur les routes de France et on en reprend six et demi le soir. ça a quel sens ?
-Une bonne partie du travail de l'édition consiste à brûler du gazole. Tu es au courant, depuis le temps..." p. 39
Un jour, une jeune stagiaire apporte à Robert une liseuse. Il regarde ce nouvel objet un peu comme un ovni et apprend à l'apprivoiser. Si cette séparation entre le texte et le papier n'est pas vraiment de son goût, il faut bien pourtant qu'il suive les évolutions de son métier. Une bande de jeunes pleins d'énergie est là pour l'aider, heureusement !
Liseuse ? Pas liseuse ? A l'issue de cette lecture, je ne suis toujours pas décidée. Je m'en doutais ! Véro -que je remercie pour ce livre voyageur- m'avait prévenue. De toute façon, quelque soit mon choix, je sais que, comme ce vieil éditeur, je n'abandonnerai jamais totalement le papier...
L'amour des livres, c'est ce qui me paraît le plus important et c'est aussi le message que fait passer l'auteur à travers ce texte.
"Lorsque j'aurai terminé la lecture du dernier mot de la dernière phrase du dernier livre, je tournerai la dernière page et je déciderai seul si la vie devant moi vaut encore la peine d'être lue". p. 217
Une lecture plaisante dans laquelle se reconnaîtront certainement ceux pour qui lire rime avec vivre. Un petit bémol tout de même : l'histoire est un peu trop légère. J'aurais aimé une intrigue un peu plus consistante mais cela ne ml'empêche pas de vous recommander ce livre !
Les avis d'Antigone, de Keisha, d'Aifelle, de Véro, de Cathulu et d'Hélène.
FOURNEL, Paul, La liseuse, P.O.L, 2012.
L'autre fille - Annie Ernaux
La collection Les affranchis chez Nil propose aux auteurs de s'affranchir d'une vieille histoire en écrivant la lettre qu'ils n'ont jamais écrite.
Annie Ernaux a choisi d'écrire à sa soeur aîné décédée à l'âge de six ans de la diphtérie, deux ans et demi avant la naissance de l'auteur. C'est par hasard, à l'âge de dix ans, qu'Annie Ernaux apprend l'existence de cette soeur. Sa mère se confie à une voisine et lui dit "elle était plus gentille que celle-là". Celle-là, c'etait Annie Ernaux.
Plus tard, Annie comprend que si sa soeur n'était pas morte, elle ne serait jamais née. Ses parents ne voulaient pas avoir deux enfants. Elle vit toute sa jeunesse avec le sentiment de ne pas être aussi bien que sa soeur. Elle se demande aussi pourquoi c'est elle qui a été choisie pour vivre et pas l'autre fille, pourquoi elle n'a jamais dit à ses parents qu'elle connaissait le secret de famille, pourquoi elle écrit cette lettre, etc.
L'autre fille est un court texte -78 pages- que j'ai dévoré, en m'arrêtant parfois pour relire certains passages. Je l'ai trouvé trop court, j'aurais aimé en savoir plus encore et j'ai d'ailleurs relu ce livre dès le lendemain de ma première lecture pour comprendre plus profondément certaines choses. Annie Ernaux a un don pour décrire ses sentiments profonds, même lorsqu'ils sont honteux. Je ne l'avais pas lue depuis longtemps et je crois bien que je vais essayer de retrouver La place dans les rayons de ma bibliothèque. Ce roman m'avait beaucoup parlé quand je l'ai découvert, à la fac, il y a plus de dix ans.
ERNAUX, Annie, L'autre fille, Nil, 2011.












