dimanche 3 mai 2009
"Les hirondelles de Kaboul" de Yasmina Khadra.
Dans un Kaboul en proie aux talibans et à la guerre, deux hommes et deux femmes cherchent un sens à la vie. Atiq Shaukat, geôlier, ne supporte plus son travail -qui consiste à garder les prisonniers avant les exécutions publiques- et la maladie incurable de sa femme, Mussarat. Mussarat, elle, souffre bien entendu de sa maladie mais encore plus de ne pas pouvoir accomplir ses devoirs d'épouse. Moshen Ramat, bourgeois déchu, ne se reconnait plus depuis qu'il s'est laissé aller à lapider une prostituée lors d'un lynchage publique. Sa femme, avocate interdite d'exercer, ne peut pas accepter le mode de vie imposé par les talibans au sexe féminin. Elle ne veut pas vivre derrière un grillage.
A travers ces quatre personnages, Yasmina Khadra montre comment les ravages de la guerre et du fondamentalisme rendent les comportements des uns et des autres complètement fous et inexplicables. Il rend aussi hommage aux femmes qui tentent de survivre et de se battre malgrè tout. Un roman poignant qui met en avant la complexité du genre humain.
Les avis de Papillon, Karine, Florinette et d'Anne.
KHADRA, Yasmina, Les hirondelles de Kaboul, Pocket, 2004.
mercredi 11 février 2009
"Syngué sabour" d'Atiq Rahimi
Syngué sabour [sége sabur] n.f. (du perse syngue " pierre ", et sabour
" patiente "). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s'agit
d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle
ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui
confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... Et la pierre
écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets
jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là on est délivré.
La Syngué sabour, c'est cet homme qui respire mais ne réagit plus à aucune sollicitation. Il a reçu une balle dans la nuque et depuis, il est plongé dans le coma. Sa femme est seule avec ses deux filles pour gérer la situation. Toute la famille est partie pour fuir la guerre et l'a laissée seule. La quartier est détruit par les bombardements incessants, la maison est endommagée et la femme n'en peut plus. Elle est à bout de nerfs et finit par dire à son mari tout ce qu'elle a sur la cœur et qu'elle a dû taire pendant des années : ses fiançailles et son mariage forcé qui ont eu lieu en l'absence de l'intéressé puisque celui-ci était au front, les vexations en tous genres qu'elle a subies de la part de son mari et de ses frères mais aussi de sa belle-mère, la rencontre avec son époux trois ans après son mariage, etc.
Voilà un texte à l'écriture très particulière : on a l'impression de lire les didascalies d'une pièce de théâtre. C'est sans doute pour cette raison que j'ai eu du mal à entrer dans l'histoire. Mais une fois les cinquante premières pages lues, Syngué sabour m'a réconciliée, au moins pour cette année, avec le prix Goncourt. C'est un beau roman qui laisse la parole à une femme musulmane qui subit le dictat des hommes dans un pays extrémiste. Ce sujet est désormais devenu (très) fréquent en littérature mais on ne dénoncera jamais assez les violences faites aux femmes par ces hommes là. Et puis ici, ce qu'il y a de bien, c'est que la parole est libératrice et redonne espoir :
"Tu me comprends ? ... en fait, ce qui me libérait, c'était d'avoir parlé de cette histoire, l'histoire de la caille. Le fait de tout dire. Tout te dire à toi. Là, je me suis aperçue qu'en effet depuis que tu étais malade, depuis que je te parlais, que je m'énervais contre toi, que je t'insultais, que je te disais tout ce que j'avais gardé sur le cœur, et que toi tu ne pouvais rien me répondre, que tu ne pouvais rien faire contre moi... tout ça me réconfortait, m'apaisait." p. 85
Pour lire d'autres avis, c'est par ici.
RAHIMI, Atiq, Syngué sabour : Pierre de patience, POL, 2008.
dimanche 19 octobre 2008
Les cerfs-volants de Kaboul en DVD
Il y a très peu de temps, je lisais le livre et hier, je suis tombée par hasard sur le DVD au vidéo club. Bien entendu, je me suis précipitée dessus comme une pooooooooovre folle ! C'était un peu la honte mais j'étais tellement contente de le trouver !
Forcément, je connaissais l'histoire donc plus de suspens... Mais j'ai quand même aimé ! Le film est assez fidèle au roman même si la dernière partie, lors du retour d'Amir à Kaboul, est traitée un peu trop rapidement à mon goût. J'aurais aimé que le contexte historique soit un peu plus exploité. Et puis, même si le cinéma c'est bien, je préfèrerai TOUJOURS les livres.
A voir donc, pour ceux qui ne connaissent pas le roman ou qui l'ont lu il y a déjà un petit peu de temps.
L'avis de Dasola.
mardi 7 octobre 2008
"Les cerfs-volants de Kaboul"
Est-il encore nécessaire de présenter ce livre qui a fait l'unanimité ou presque à sa sortie mais aussi lors de son adaptation au cinéma ? Deux ou trois mots quand même pour celles et ceux, rares sans doute, qui seraient passés à côté.
Dans les années 70, Amir, fils d'un pachtoun respecté et admiré de tous, passe son enfance à Kaboul en compagnie d'Hassan, son serviteur d'origine chiite.Tous les deux orphelins de mère, ils partagent leurs jeux et notamment leur passion pour les cerfs-volants. Oui mais voilà, la différence de condition sociale fait qu'Hassan est complètement dévoué à Amir qui, lui, profite parfois de sa position de supériorité. Cela ne les empêche pas de s'aimer quand même jusqu'au jour où Amir commet une faute qu'il ne pourra jamais se pardonner.
Si je devais qualifier ce roman d'un seul mot, ce serait captivant. Du début à la fin, il m'a passionnée. L'amitié, la culpabilité et la rédemption sont les thèmes centraux de ce livre difficile à résumer tellement il s'y passe de choses. Mais à travers l'enfance de deux jeunes garçons, Khaled Hosseini raconte aussi et surtout l'histoire de l'Afghanistan et de son peuple. En tant qu'occidentaux, notre regard est souvent faussé par ce qu'on entend ou voit dans les médias et je trouve que Les cerfs-volants de Kaboul a la mérite de remettre en place un certain nombre de vérités que l'on a tendance à trop vite oublier. Pour tout dire, c'est cet aspect historique et culturel qui m'a plu le plus.
Maintenant, j'ai hâte que le DVD sorte car j'ai manqué la sortie du film au cinéma !
Lire l'avis d'Anne, de Florinette, de Clochette et de Sylire.
Du même auteur, j'ai adoré également Mille soleils splendides.
HOSSEINI, Khaled, Les cerfs-volants de kaboul, 10/18, 2006.
jeudi 12 juin 2008
"Mille soleils splendides" de Khaled Hosseini
En Afghanistan, dans un pays en proie à la guerre depuis des années et des années, les destins de deux femmes s'entremêlent.
La première, Mariam, passe son enfance dans la campagne des environs d'Herat avec sa mère. Son père, Jalil, ne vit pas avec elle car Mariam est une enfant illégitime, née d'une union hors mariage entre une gouvernante et son riche employeur. Le jour où la jeune fille se rend en ville pour retrouver son père -qui devait l'emmener voir un film au cinéma pour son anniversaire mais qui n'est jamais venu la chercher- sa mère se suicide. Elle n'a pas supporté que sa fille l'abandonne pour cet homme qui est son père mais qui a honte d'elle et n'a pas le courage d'assumer ses actes. Puisque Mariam est désormais orpheline, Jalil n'a pas d'autre choix que de la recueillir sous son toit. Ses femmes s'arrangent très vite pour se débarrasser d'elle en la mariant avec le premier venu. Il s'agit d'un homme veuf prénommé Rachid. Il est d'une trentaine d'année son aîné et habite à Kaboul, très loin d'Herat. A à peine 15 ans, Mariam se retrouve donc mariée de force avec un inconnu et part habiter dans un ville où elle ne connaît personne. L'enfer commence pour elle à ce moment là...
La deuxième femme de ce roman s'appelle Laila. Elle est élevée à Kaboul par ses parents, dans un famille cultivée où les femmes sont libres et non soumises au dictat des hommes. Son ami d'enfance, Tariq, est toujours à ses côtés. Ils grandissent ensemble et tombent amoureux l'un de l'autre. Mais la guerre fait rage en Afghanistan, les massacres sont incessants, les bombes pleuvent de partout et tout le monde meurt dans la capitale. Tariq décide donc de s'enfuir avec sa famille et demande Laila en mariage pour qu'elle puisse partir avec lui. La jeune fille ne peut se résoudre à quitter ses parents. Sa mère veut rester chez elle car ses deux fils sont des martyrs morts pour le pays et elle aurait l'impression des les trahir en s'enfuyant à l'étranger. Tarik et Laila sont donc séparés. Au moment où les parents de Laila se décident enfin à quitter Kaboul, une bombe s'abat sur leur maison. Laila, seule survivante, est recueillie par Mariam et Rachid. Elle aussi n'a plus de famille et se retrouve seule au monde, elle aussi se voit contrainte d'épouser Rachid...
C'est à partir de ce moment là que le destin de Mariam se mêle à celui de Laila. Au départ rivales, les deux femmes vont apprendre à se connaître et à s'entraider pour faire face à leur tyran de mari.
J'ai beaucoup aimé ce roman même si au départ j'ai été un peu déçue par rapport à ce que j'ai lu sur la quatrième de couverture : je pensais que les destins de Mariam et Laila se croisaient dès le début mais ce n'est pas du tout le cas. Les 200 premières pages sont consacrées à leur vie chacune de leur côté.
Passé cette "déception", je me suis complètement laissée absorber par ce roman qui met en avant le destin tragique de deux femmes soumises à la brutalité de leur mari, à la folie d'un régime politique qui les considère comme des moins que rien et aux dures réalités de la vie en temps de guerre. Certains passages remuent les tripes et on se dit que de nombreuses femmes afghanes vivent sans doute les mêmes atrocités que les deux héroïnes. C'est un roman mais il pourrait s'agir de la réalité...
Solenn et Gambadou ont beaucoup aimé ce livre également.
HOSSEINI, Khaled, Mille soleils splendides, Belfond, 2007.



