mardi 11 novembre 2008
"Broderies" de Marjane Satrapi
Neuf femmes iraniennes (dont Marjane Satrapi elle-même) profitent de l'heure du thé pour raconter les derniers ragots du quartier et se faire des confidences. Les hommes, l'amour, la sexualité, la virginité, le mariage, le divorce : tels sont leurs thèmes privilégiés de discussion.
Des situations graves -comme cette femme à qui on propose de se couper avec un rasoir le jour de sa nuit de noce car elle n'est plus vierge ou cette autre qui n'a jamais vu de sexe masculin car elle n'a que des filles et son mari éteint la lumière à chaque fois qu'ils font l'amour, sans compter tous ces mariages que les jeunes filles n'ont d'autre choix que d'accepter - sont racontées avec beaucoup de distance et d'humour. Et de l'humour, on sait que Marjane Satrapi en a beaucoup ! Malgré la gravité des faits, les femmes restent optimistes et pleine de vie, à l'exemple de la grand-mère de l'auteur, une personne de caractère qui ne se laisse absolument pas marcher sur les pieds.
A lire sans hésitation !
Merci à Finette grâce à qui j'ai découvert l'existence de cette BD.
SATRAPI, Marjane, Broderies, L'Association, 2003.
vendredi 10 octobre 2008
"Un jour avant Pâques" De Zoyâ Pirzâd
Un jour avant Pâques est le portrait des communautés chrétiennes et musulmanes d'Iran qui se côtoient sans jamais vraiment se mélanger. Le roman est composé de trois parties qui correspondent à différentes étapes de la vie du narrateur.
Edmond est arménien. Il passe son enfance dans un petit village au bord de la mer Caspienne et partage ses jeux avec Tahereh, la fille du concierge musulman de l'école. Il perçoit les querelles entre adultes (hommes-femmes, mère-belle-mère, etc.) sans totalement les comprendre. Pour le lecteur, ces querelles sont une mine de renseignements sur les us et coutumes des communautés chrétiennes et musulmanes et les relations qu'elles entretiennent entre elles.
Devenu adulte, le narrateur est marié avec Marta et vit une vie paisible à Téhéran. Quand Alenouche, leur fille, annonce qu'elle va se marier avec Behzad, un jeune musulman, tout s'écroule. Les temps changent mais le mariage entre musulman et chrétien arménien est toujours mal vu...
Quelques temps plus tard, Edmond a perdu sa femme, il se retrouve seul et est plus ou moins fâché avec sa fille...
Encore une fois, ce sont de beaux portraits de femmes que nous propose Zoyâ Pirzâd. Toutes battantes, elles ont des caractères bien tranchés et ne se laissent pas marcher sur les pieds, que ce soit entre elles ou avec les hommes. Le contexte historique et culturel est intéressant même si ça manque un peu de profondeur et de consistance à mon goût. On aimerait en savoir un peu plus sur les relations entre les uns et les autres, sur l'histoire des arméniens et des musulmans, etc.
Un bon roman donc mais il manque un petit quelque chose...
Cathe, Clarabel, Cuné et Laure l'ont lu également.
PIRZÂD, Zoyâ, Un jour avant Pâques, Zulma, 2008.
lundi 12 mai 2008
"On s'y fera" de Zoyâ Pirzâd
L'histoire se passe de nos jours, en Iran. Arezou, 41 ans, a repris l'agence immobilière de son père avec sa meilleure amie, Shirine. Aux yeux de tout le monde, c'est une femme moderne et indépendante : elle a divorcé, vit seule avec sa fille de 19 ans et subvient aux besoins de sa famille. Mais tout ceci n'est qu'apparences. Partagée entre sa mère, capricieuse et égoïste, et sa fille qui n'a pas accepté son divorce et ne pense qu'à elle, Arezou ne sait plus où donner de la tête. Les conflits entre générations sont nombreux et elle doit tout gérer, à la maison comme au travail. Heureusement, c'est une femme pleine d'humour et on passe vite du rire aux larmes dans ce roman.
Un jour, poussée par sa fidèle amie et collaboratrice Shirine, elle fait visiter une maison à vendre à un homme particulièrement difficile. Le cœur n'y est pas mais elle doit faire son travail ! Ce qu'elle ne sait pas à ce moment là, c'est que cet homme va changer sa vie.
Autant le dire tout de suite, j'ai beaucoup aimé ce roman. C'est un Iran moderne, bien loin de ce qu'on peut parfois imaginer en France, que Zoyâ Pirzad présente ici. Arezou et les femmes de son entourage sont très indépendantes et très modernes même si elles subissent quand même une certaine pression sociale.
Les réalités de la vie quotidienne à Téhéran ne sont pas laissées de côté. Elles apparaissent en arrière plan, par petites touches : bon d'alimentation, intervention de la police des mœurs dans un café, discussion entre femmes dans le bus sur la stérilisation et l'attitude des hommes qui les laissent se débrouiller avec les enfants (qui sont parfois nombreux) et ne subviennent pas aux besoins de la famille, etc.
L'humour et les jeux de mots ont aussi leur place dans ce roman, même si on ne peut pas toujours en comprendre toutes les subtilités (le roman est écrit en persan et, comme dans toute traduction, les jeux de langage n'ont pas la même saveur une fois traduits).
Bref On s'y fera est un livre plein de gaieté et de bonne humeur que je vous conseille vivement !
Lire l'avis de Clarabel.
PIRZAD, Zoyâ, On s'y fera, Zulma, 2007.


